“Papa tais-toi” d’Agathe Jouhanneau, un récit poignant autour de l’inceste psychique
Le 23 janvier 2020 | 0 Commentaires

L’inceste psychologique, on en parle ? Alors que tout le monde a en tête la triste réalité que recouvre l’inceste physique, le viol psychique est tout aussi traumatisant et d’autant plus destructeur qu’il est commis par un parent.

Il peut ainsi y avoir une non-différentiation des sexualités qui passe par les mots. L’enfant devient alors le témoin et le confident de l’adulte. Il voit ce qu’il ne doit pas voir, entend ce qu’il ne devrait surtout pas entendre…

Pour Agathe Jouhanneau, ce bourreau était son propre père. Un homme d’apparence joviale et chaleureuse mais qui cachait un côté sombre et sadique. Une histoire qu’elle raconte dans “Papa Tais Toi“, publié chez Livio Editions.

A travers ce témoignage bouleversant, l’auteure nous dévoile le long et difficile parcours de reconstruction qui l’a sauvée. Elle nous relate l’analyse qui lui a permis de mettre fin à ses somatisations, angoisses et dépression, dont le seul but était l’autodestruction.

Avec un espoir : redonner espoir à toutes celles et ceux qui sont victimes d’un pervers.

L’inceste ne se résume pas au viol génital

Le père d’Agathe était incestueux. Et s’il n’a pas été jusqu’au viol génital, il a laissé dans le psychisme de l’enfant qu’elle était des traces qui l’ont lourdement marquée.

Des migraines atroces, des envies d’en finir, des rêves effrayants, et cette immense colère qui finit par déclencher de nombreuses maladies… Jusqu’au jour où, grâce à un psy, elle identifie enfin l’origine de ces maux : son père, un obsédé sexuel, lui a fait subir un viol psychique. Un diagnostic salvateur qui l’aidera à remonter la pente et qui verra la disparition progressive de ses problèmes de santé.

C’est pour cela que “Papa Tais-Toi” est un livre à mettre en toutes les mains ! Il alerte, avec sincérité, sur une situation trop méconnue, y compris par de nombreux médecins. Il délivre aussi un formidable message d’espoir en montrant que, pour toutes et pour tous, la résilience est possible.

Incipit

Il vient de mourir. Enfin. Je ne pensais pas qu’il irait jusqu’à cet âge. Durant neuf décennies et demie, il a mangé, bu et fumé sans modération. Toute une vie d’abus. Il a passé quatre-vingt-seize ans sur cette terre, et l’autre nuit il est parti, étouffé, incapable de respirer une fois de plus. Le monde sans lui n’est plus le même monde. La tonitruance s’est tue. J’ai de la peine en pensant au papa de mon enfance.

Ces deux derniers mois, j’ai attendu sa fin comme une promesse de libération. Ce n’est pas le cas. Sa disparition ne change rien en moi. Je reste la même ou presque, sans doute un peu plus légère, plus sereine, comme si sa mort le punissait et que cette punition me rendait justice. Il est resté sept ans en maison de retraite avant de s’éteindre. Je ne suis pas allée le voir une seule fois. Je n’irai pas à ses obsèques. Chacun en pensera ce qu’il voudra, moi seule ai vécu ma vie.

Un extrait du livre

“Dès la première photo, il observa ma réaction en souriant, ses yeux plus clairs que jamais, cherchant sur mon visage l’autorisation de continuer. Ce premier cliché montrait une femme toute nue, assise par terre, la tête en arrière, les jambes ouvertes. Elle avait des seins énormes et entre ses jambes, c’était très noir. Je n’avais que douze ans, je n’avais jamais vu aucun corps nu. Un corps de vieille pour moi. Elle avait au moins trente-cinq ans. Papa riait doucement. Il fit passer la première photo sous le paquet pour me monter la seconde.

A ce moment-là, j’eus un malaise. Comme des fourmis dans les jambes, la bouche sèche. Je me mis à gigoter comme si une mouche me piquait, pour qu’il sente que ce qu’il me montrait ne me plaisait pas du tout, que je voulais rejoindre ma sœur pour jouer avec elle et le petit chien Fripon que j’aimais et que je tentais de dresser. Ça c’était drôle, apprendre à Fripon à se rouler par terre, lui faire donner la patte… pas de regarder le derrière d’une inconnue.

Mais mon père resserra son étreinte. J’eus un haut le cœur en voyant la photo suivante. J’avais chaud. Je transpirais. Je jetais des coups d’œil aux photos pour obéir, en les regardant le moins possible. Je me sentais mal, au point d’avoir le désir de m’évanouir. Il aurait peut-être oublié les photos pour me soigner.

Les photos défilèrent, plus laides les unes que les autres. Pendant ce temps-là, Papa me parlait tout bas. Il susurrait : Avec tout ce qu’on leur fait pour leur faire du bien, ah ! Elles-en profitent les coquines… Regarde celle–là, toute pâmée, bien détendue, et celle-ci qui en redemande… Regarde encore cette photo, elle est belle cette femme-là, les cuisses écartées, à montrer tout ce qu’elle a à l’intérieur… »

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